Dossier de presse 2017

ContactPierre Franceschi – 07 89 42 85 51 – pierre.ajaccio@orange.fr 
 
 
HISTOIRES D’ŒILS 
 
En octobre 2005, Philippe Costamagna retourne visiter avec un ami les salles du musée des Beaux-Arts de Nice. Levant les yeux, il voit accroché, tout en haut, dans un cadre terni, un tableau noirâtre attribué à un petit maître du XVIIe siècle. A la stupéfaction de tous, il affirme : « C'est un Bronzino. » Analyse faite, le tableau se révèle en effet être un chef-d’œuvre du maître florentin, qui trouvera place au sein de la vaste rétrospective qui lui a été consacrée au Palais Strozzi de Florence en 2010. Il est par la même occasion devenu le joyau du musée de Nice. 
Cette découverte étonnante est le travail de ce qu'est Philippe Costamagna dont le métier n'avait de nom qu'en anglais (connoisseurship) et qu'il a décidé de nommer « oeil », un « oeil », comme on dit un « nez » en parfumerie. Un oeil, ce n'est pas tout à fait un historien d'art, ni un spécialiste, ni un expert, mais un mélange de tout cela et d'une sensibilité singulière. Ils sont un tout petit nombre dans le monde à qui on fait appel pour élucider la paternité des œuvres d'art. 
Dans ce récit intime, Philippe Costamagna revient sur ses origines familiales, sa formation intellectuelle et esthétique et son parcours professionnel, tout ce qui a contribué à produire ce mélange de culture et de sensibilité hors du commun qui a fait de lui un « oeil ». Histoire d'un homme, mais aussi histoire d'un métier, avec ses génies, ses imposteurs, ses coups d'éclat et ses erreurs. Il manquait une spécialité à Sherlock Holmes, la voici : celle de découvreur, par l'alchimie particulière du savoir et de la sensibilité, des chefs-d’œuvre cachés dans le monde. 
La découverte d'un métier passionnant inconnu du grand public. Presse attendue. 
 
BIOGRAPHIE 
 
Philippe Costamagna est né en 1959. Il est l’auteur d’une thèse en histoire de l’art consacrée à Pontormo, soutenue à l’université Paris IV Sorbonne en 1994. En 2006, il est nommé directeur du Palais Fesch, musée des Beaux-Arts à Ajaccio, dont le fonds est constitué d’un ensemble de peintures italiennes, principalement des primitifs et des tableaux baroques des XVIIe et XVIIIe siècles. Grand spécialiste de la peinture italienne, et particulièrement de la Renaissance florentine, Philippe Costamagna a collaboré à de nombreux ouvrages et expositions sur le maniérisme et l’art italien. 

 BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE 

 Pontormo : catalogue raisonné de l'œuvre peint, Gallimard-Electa, 1994. 
 Francesco Salviati et la bella maniera : actes des colloques de Rome et de Paris (1998) , sous la direction de Catherine Monbeig Goguel, Philippe Costamagna, Michel Hochmann, Ecole française de Rome, 2001. 
 Le cardinal Fesch et l'art de son temps : Fragonard, Marguerite Gérard, Jacques Sablet, Louis-Léopold Boilly... , sous la direction de Philippe Costamagna, assisté de Carole Blumenfeld, préface Jean-François Costa, Simon Renucci, Gallimard, 2007. 
 Plaisirs de France : art et culture français, de la Renaissance à aujourd'hui : Bakou, Musée national des beaux-arts, 10 mars-6 mai 2012 ; Almaty, Musée national des beaux-arts, 7 juin-5 août 2012 ,exposition organisée par le Ministère de la culture et de la communication de la République française et la RMN-Grand Palais, commissariat Philippe Costamagna, assisté de Françoise Heilbrun, préface Dariga Nazarbaeva, Frédéric Mitterrand, Jean-Paul Cluzel, RMN-Grand Palais, 2012. 
 Passionnément, sous la direction de Philippe Costamagna et Anne Alessandri, Gourcuff Gradenigo, 2013. 
 
LIENS AUDIO ET VIDEO 
  
https://www.babelio.com/auteur/Philippe-Costamagna/139820 
https://www.francemusique.fr/emissions/la-chronique-litteraire/histoires-d-oeils-de-philippe-costamagna-grasset-8278 

LE MONDE DES LIVRES
La passion contagieuse de Philippe Costamagna 

par Laurent Grasso -  | 13.07.2016 à 10h03 • Mis à jour le 13.07.2016 à 10h36  
 
Lectures pour temps troublés. Le plasticien prescrit « Histoires d’œils », essai d’histoire de l’art de Philippe ¬Costamagna. 
Dans Histoires d’œils, Philippe Costamagna, historien d’art spécialiste de la peinture italienne du XVIe siècle et directeur du Musée des beaux-arts d’Ajaccio, raconte son métier si particulier d’« œil » en mêlant au récit de son parcours, de ses années de formation à Florence et de ses rencontres, une réflexion sur la discipline très noble de l’attributionnisme. Comme tous les scientifiques sachant rendre leur discipline accessible, Costamagna nous fait traverser différentes périodes de l’histoire de l’art et passe en revue les lieux de prédilection des chercheurs. Le ¬bonheur communiqué par l’auteur de découvrir des œuvres, d’étudier, de voyager amène une énergie précieuse en ces temps troublés. Les étudiants peuvent y trouver un manuel, une leçon d’histoire de l’art, et les amateurs un accès privilégié à un domaine pointu. 
Histoires d’œils nous fait partager les intrigues autour de certaines œuvres majeures que Costamagna a pu attribuer. Au-delà des rayons X et autres procédés qu’il n’exclut pas pour autant, il remet à l’honneur une pratique fondée sur la sensibilité, un art tel celui de la médecine, qui mélange intuition et connaissances pour permettre de faire des « découvertes ». Ainsi, dans la collection du Musée de Nice, d’un Christ en croix, de Bronzino, qu’on pensait perdu. Une révélation qui s’impose de façon totalement fortuite à la vue des pieds, mis en évidence par la lumière du soleil, dont l’exécution est caractéristique du maniériste florentin. Puis le reste du corps apparaît tel que décrit par Vasari dans ses Vies des ¬artistes (1550), c’est-à-dire exécuté d’après le modèle d’un véritable corps crucifié. 
C’est en préparant une exposition au Musée Fesch d’Ajaccio, à l’invi¬tation de Philippe Costamagna,... 
 
VALEURS ACTUELLES
Parti pris. Avoir l’œil, et le bon  

Par Laurent Dandrieu - Lundi 23 mai 2016 à 07:00  
 
Parti pris. La récente redécouverte d’un Caravage a mis en lumière cette étrange corporation dont le métier est d’attribuer les tableaux anonymes. L’un d’entre eux se raconte. 
La scène se passe à l’été 2012, au Ritz. Le célèbre palace parisien fermé pour travaux, on en profite pour en faire l’inventaire. Sur un mur de la fameuse suite Coco-Chanel, Joseph Friedman, conseiller artistique de l’hôtel, est saisi par un tableau du XVIIe siècle, une scène mythologique, que personne n’a jamais pris la peine de regarder vraiment. Il a immédiatement le sentiment de contempler un chef-d’oeuvre : mais à qui l’attribuer ? Sa collègue Wanda Tymowska en a aussitôt l’intuition : à Charles Le Brun, premier peintre de Louis XIV. Elle ne tarde pas à découvrir, dans un coin de la toile, les initiales CLBF (“Charles Le Brun fecit”) et une date, 1647, qui confirment cette attribution. Le Sacrifice de Polyxène trône aujourd’hui au Metropolitan Museum de New York. 
Octobre 2005. Venu à Nice à l’appel d’un collectionneur, Philippe Costamagna en profite pour faire un tour au musée des Beaux-Arts. Alors qu’il parcourt distraitement les collections, son regard est tout à coup attiré par un rayon de soleil qui tombe sur un détail d’une Crucifixion, faisant « reluire des ongles à la texture porcelainée que je reconnaîtrais entre mille ». Pour ce spécialiste de la peinture italienne du XVIe siècle, c’est une révélation : ce tableau ignoré est bien le Christ en croix du peintre florentin Bronzino (1503-1572), décrit par Vasari mais considéré comme perdu. Devenu le fleuron du musée de Nice, ce tableau saisissant a permis de rééquilibrer la vision que l’on avait de ce peintre, jusqu’alors cantonné dans un maniérisme courtisan, en lui restituant son versant mystique. 
Cette anecdote ouvre le livre que Philippe Costamagna, directeur du musée des Beaux-Arts d’Ajaccio, consacre à cette étrange corporation, capable, sur le seul appui de son regard, d’attribuer à tel ou tel peintre une oeuvre jusqu’alors anonyme. Pour les désigner, on parle de connaisseurs (leur talent, en anglais, étant désigné du joli mot de connoisseurship) ou d’attributionnistes. 
Philippe Costamagna préfère le mot “oeil”, tant il s’agit, pour exercer ce talent, avant tout d’apprendre à voir. 
Dans ce livre très vivant, auquel on ne reprochera que quelques jugements politico-historiques à l’emporte-pièce et une vision convenue de l’art contemporain, il raconte l’itinéraire personnel qui l’a conduit à embrasser cette vocation. Il rend hommage à ceux qui l’ont formé et aux grands anciens qui ont forgé empiriquement les bases de cette « science de l’attribution », dont la “sainte trinité” du connoisseurship, Bernard Berenson, Roberto Longhi et Federico Zeri. Il décrit le long travail préalable sur lequel l’intuition de l’oeil peut se reposer, qui consiste à transformer le cerveau en une vaste photothèque-bibliothèque où toutes les informations nécessaires sur les grands et petits maîtres de l’histoire de l’art sont soigneusement rangées dans les tiroirs idoines, prêtes à être convoquées pour les connexions inattendues d’où surgira une attribution inespérée. 
Il ne cache pas non plus les revers du métier : les collusions, parfois, avec les marchands d’art, d’où résultent des attributions intéressées ; la vanité, qui pousse à faire une attribution spectaculaire pour se faire un nom; les erreurs de jugement, y compris les siennes, qu’il détaille et qu’il impute à la jeunesse, à des défauts de méthode, mais aussi « au désir d’exister, de se faire une place ». Il est un effet pervers pourtant qu’il omet, dont les connoisseurs ne sont qu’un symptôme : si l’attribution d’une oeuvre à tel peintre connu fait indéniablement progresser l’histoire de l’art et la compréhension que l’on a de l’artiste, elle fait aussi, de manière infiniment moins logique, bondir le prix du tableau en question. Or, la valeur de l’oeuvre est indépendante de celui qui l’a peinte : le Judith et Holopherne récemment redécouvert sera-t-il subitement moins admirable si on ne peut plus l’attribuer à Caravage ? Certes non. Et pourtant, il vaudra dix ou cent fois moins cher… Signe que le goût artistique lui-même n’est pas épargné par cette pipolisation qui est décidément l’une des plus terribles plaies de la modernité. 
 
MARIANNE
Son métier : reconnaître les œuvres de grands peintres à l'œil nu 

Par Alexandre Gefen - Publié le 09/07/2016 à 16:00 
 
Philippe Costamagna, directeur du palais Fesh d'Ajaccio, est aussi détective. Dans un essai, ce spécialiste de la peinture italienne du XVIe siècle confie son don : reconnaître les œuvres grâce aux techniques des peintres. 
C'est l'histoire d'un homme, d'un métier et d'une obsession moderne : la vérité en peinture. Conservateur et spécialiste de la peinture florentine de la Renaissance, directeur du palais Fesch-musée des Beaux-Arts d'Ajaccio, Philippe Costamagna se veut plus qu'un historien de l'art : il est ce qu'on appelle un «œil», un détective capable du regard, et sans le recours à un laboratoire d'expertise, de situer un tableau dans une école ou une période historique, d'en attribuer la paternité, à la surprise de tous, mais aussi d'en contester l'originalité voire d'en dénoncer la fausseté.  
Ainsi de ce Christ en croix du Bronzino, mentionné avec éloges par Vasari, mais disparu pour les historiens de l'art et reconnu à partir de ses pieds à la faveur d'un rayon de soleil, au bout d'un couloir du musée des Beaux-Arts de Nice. Ce tableau trône désormais au centre du musée, après avoir été le joyau d'une exposition sur Le Bronzino... à Florence. «Ce qu'il y a de beau, dans ce métier, c'est que je vois la lumière derrière le noirâtre. Je suis un œil pour les autres regards...» Loin d'être un talent tombé du ciel, l'œil moderne est l'héritier d'une longue tradition de collectionneurs doués du connoisseurship, c'est-à-dire d'une intuition combinée à une immense mémoire visuelle, auxquels Histoires d'œils* rend hommage : Giovanni Morelli, qui entreprit à la fin du XIXe siècle de classer les différentes manières des peintres de dessiner des mains et des pieds, suscitant l'ironie de ses collègues ; Bernard Berenson, dont les collections de plus de 300.000 photographies annotées et le système de classement font encore autorité ; Roberto Longhi, écrivain autant que collectionneur ; ou son élève Federico Zeri, «il Professore», excentrique amateur de canulars, réfugié dans sa «maison musée» de Mentana, tous personnages dont Philippe Costamagna trace d'attachants portraits.  
Sherlock Holmes 
Lorsqu'il se porta, sans succès, candidat, contre l'institution des conservateurs et des historiens académiques, à la direction du musée du Louvre, le conservateur d'Ajaccio fut qualifié par le monde de l'art de «chevau-léger» : contre l'histoire intellectuelle à la française, l'œil est un franc-tireur toujours un peu marginal, prompt à dénoncer un faux d'un coup d'œil ou à reclasser un chef-d'œuvre à sa place. A l'heure des inventaires numériques gigantesques et des outils scientifiques capables de dater des pigments ou de révéler des repentirs à l'aide de la réflectographie infrarouge, son regard et ses méthodes à l'ancienne restent indispensables. Car, comme nous le rappelle le Sherlock Holmes du palais Fesch, il n'existe pas de méthode de datation ou d'attribution scientifique irréfutable : les tableaux peuvent avoir été copiés, coupés, rentoilés, réparés, retouchés de diverses manières - et seule l'expérience approfondie permet de faire des hypothèses tangibles sur leur origine et leur filiation. 
Comme bien d'autres historiens d'art dont son maître, Federico Zeri, Philippe Costamagna ne cache pas sa fascination pour les faussaires, dont les imitations sont marquées par l'empreinte qu'une époque se fait de l'art d'un peintre. Notre œil confie sans honte qu'il a, par exemple, «une certaine admiration» pour un faussaire auteur d'un prétendu Salviati et d'un prétendu Pontormo, qui se «sert [de leurs] dessins pour pasticher les grands peintres», et sur lequel il mène une véritable enquête. 
Toutes ces réflexions ne seraient que d'ennuyeuses réflexions théoriques si le narrateur d'Histoires d'œils n'en faisait pas un récit d'aventures personnelles autant qu'intellectuelles : c'est le délice de ce livre de faire vivre «le jeu de détective» au lecteur, qui accompagne le conservateur dans sa formation intellectuelle, ses voyages, ses conversations, ses doutes voire ses erreurs et ses révélations, faites de petites surprises («Il n'est pas rare de trouver une feuille de dessins italiens dans une boîte dédiée au dessin français, ou un dessin du XVIIe mêlé à une série de feuilles de primitifs») et d'épiphanies érudites («Sortir un nom que personne ou presque ne connaît est toujours un acte formidable»). «Au-delà de l'histoire de l'art, je crois que nous avons tous un œil», nous dit Philippe Costamagna. Mais, pour nous, lecteurs, le miracle, c'est que si bel œil ait aussi une si belle plume. 

FIGAROSCOPE
Histoires d'oeil

 
En octobre 2005, Philippe Costamagna retourne visiter avec un ami les salles du musée des Beaux-Arts de Nice. Levant les yeux, il voit accroché, tout en haut, dans un cadre terni, un tableau noirâtre attribué à un petit maître du XVIIe siècle. A la stupéfaction de tous, il affirme : «C’est un Bronzino». Analyse faite, le tableau se révèle en effet être un chef-d’oeuvre du maître florentin, qui trouvera place au sein de la vaste rétrospective qui lui a été consacrée au Palais Strozzi de Florence en 2010.  
Il est par la même occasion devenu le joyau du musée de Nice. Cette découverte étonnante est le travail de ce qu’est Philippe Costamagna dont le métier n’avait de nom qu’en anglais (connoisseurship) et qu’il a décidé de nommer «oeil», un «oeil», comme on dit un «nez» en parfumerie. Un oeil, ce n’est pas tout à fait un historien d’art, ni un spécialiste, ni un expert, mais un mélange de tout cela et d’une sensibilité singulière. 
Ils sont un tout petit nombre dans le monde à qui on fait appel pour élucider la paternité des oeuvres d’art. Dans ce récit intime, Philippe Costamagna revient sur ses origines familiales, sa formation intellectuelle et esthétique et son parcours professionnel, tout ce qui a contribué à produire ce mélange de culture et de sensibilité hors du commun qui a fait de lui un «oeil». Histoire d’un homme, mais aussi histoire d’un métier, avec ses génies, ses imposteurs, ses coups d’éclat et ses erreurs. 
Il manquait une spécialité à Sherlock Holmes, la voici : celle de découvreur, par l’alchimie particulière du savoir et de la sensibilité, des chefs-d’œuvre cachés dans le monde. 
 
LA TRIBUNE DE L'ART
Histoires d’œils, Philippe Costamagna 

 
Universitaire, conservateur du Musée Fesch dont il a mené la rénovation de main de maître, Philippe Costamagna est spécialiste du XVIe siècle italien, notamment de l’école florentine. L’ouvrage qu’il publie n’est pas un livre savant, pas non plus un livre de mémoires même si l’auteur se livre en partie et utilise ses propres souvenirs pour esquisser une histoire du « connoisseurship ». Le « connoisseur », terme anglais forgé d’après un mot français, est l’historien d’art qui sait reconnaître dans une œuvre d’art la main d’un artiste. On peut aussi parler d’ « attributionniste », un qualificatif parfois utilisé avec mépris par certains historiens de l’art, ou d’ « œil » comme Costamagna qui n’hésite pas à mettre le terme au pluriel en lui rajoutant simplement un « s » (mais rassurons nous, les œils, en général, ont bien deux yeux). 
Le livre est passionnant, et souvent drôle, à l’image de son auteur. Il faut cependant relativiser sa portée. Philippe Costamagna ne parle, presque exclusivement, que de l’école italienne. Il peut laisser penser par ailleurs que les « œils » sont excessivement rares, et qu’ils sont absolus ou presque. C’est un peu exagéré. Attribuer un tableau ou un dessin à un peintre est un don certes (certains n’auront jamais cette compétence), mais qui se travaille aussi (on l’affine au cours du temps). Un nombre non négligeable de personnes sont capables de cela, à des degrés plus ou moins importants, dans des domaines parfois différents, pour des périodes et des écoles diverses. Surtout, ce don est rarement infaillible et la première qualité d’un « œil » doit être la modestie. Les meilleurs se sont trompés, une attribution peut évoluer à l’aune de la progression des connaissances ou de l’expérience de celui qui la fait. Tout cela, Philippe Costamagna le dit, mais parfois d’une manière un peu trop discrète. 
 
 
 
MUSANOSTRA, le site officiel de l'association littéraire corse. 
Écrit par Francis Beretti le 19 septembre 2016  
  
Histoires d’oeils ? on n’en croit pas ses yeux quand on lit ce titre en couverture d’un essai. Comment le correcteur d’une maison d’édition connue et respectable a-t-il pu laisser passer cette perle? “un oeil”, des “yeux”, n’est-ce pas? Mais non, pas ici. Dans ce sens particulier, un “oeil”, c’est un historien de l’art, qui, à partir d’une formation solide, est capable, en un seul coup d’oeil, justement, de reconnaître le trait de pinceau d’un grand maître, et d’attribuer tel ou tel tableau, passé inaperçu jusque là, à un peintre célèbre. A la base de ces découvertes, trois éléments: un don, le hasard, et la curiosité. Philippe Costamagna s’inscrit dans cette tradition, sans forfanterie. Il nous fait comprendre ce processus en nous livrant deux exemples concrets tirés de son expérience personnelle. 
L’un au début de son essai. En octobre 2005, au musée des Beaux-Arts de Nice, dans la villa Kotchoubey, ancienne maison d’aristocrates russes, l’un des derniers vestiges de la Belle-Epoque de la Côte d’Azur. Alors que Philippe bavarde avec l’un de ses collègues, Carlo Falciani, un rayon de soleil tombe sur un Christ accroché au bout d’un couloir, et fait “reluire des ongles à la texture porcelainée”. Ce rayon révèle le Christ en croix, d’Agnolo Bronzino un tableau datant d’environ 1540, et “vainement recherché des connaisseurs de la peinture florentine de cette époque”.  
L’autre exemple est en fin d’ouvrage, mais c’est Vasari, biographe de Bronzino, et peintre lui-même qui fait le lien entre les deux. Un jour, dans la grande église néobaroque de Vico, accompagné de ses amis François et Dominique Biancarelli, il remarque un beau panneau retourné contre le mur qui comporte un numéro d’inscription ancienne. Le support révèle un Saint Jérôme, tableau florentin du 16e siècle, et Philippe reconnaît l’oeuvre “de l’un des plus grands décorateurs de Florence”, Giorgio Vasari. Et cela lui suggère une réflexion: “Quand on pense que les églises corses ont été, au total, dotées de plus de cinq cents tableaux prélevés sur le fonds Fesch, que personne ne s’est jamais lancé dans l’exploration méthodique de ces sites, on se dit qu’ailleurs, dans les recoins rocheux de l’île, pourraient sommeiller plusieurs merveilles.” 
Nous autres, pauvres dilettanti, ne pouvons qu’être éblouis par le nombre de grands maîtres dont les noms émaillent cet ouvrage. Mais au-delà d’une leçon de l’histoire de l’art, Philippe Costamagna nous révèle aussi quelques bribes de son histoire personnelle susceptibles d’expliquer sa vocation. Un arrière-grand-père, du côté maternel, qui avait été le chirurgien de Renoir.Une grand-mère issue d’une lignée de bourgeois lorrains fortunés, et dont le mobilier était signé des plus célèbres ébénistes du 18e siècle. Son installation rue des Saints-Pères qui lui permet d’assouvir sa boulimie d’expositions. Le choc esthétique que lui procure la vue d’Impression, soleil levant, de Monet. La bourse qu’il obtient pour étudier dans un centre de recherche à Harvard, spécialisé dans la période de la Renaissance. L’admiration qu’il voue à Matisse, “le plus grand peintre du 20 e siècle”, à ses yeux. 
On comprend ainsi pourquoi Philippe Costamagna reconnaît lui-même qu’il a eu “l’immense chance de vivre selon sa passion”. Une passion qui n’occulte pas la mission pédagogique de son métier, mais qui, au contraire, la nourrit. 
 
BILAN
La référence suisse de l’économie 

Mais qui sont les « oeils », qui identifient les auteurs des tableaux? 
Par Etienne Dumont, critique d'art - 8 Juillet 2016  

 Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler. 

C'était en octobre 2005. Venu à Nice pour expertiser avec son alter ego Carlo Falciani un tableau italien se trouvant dans une collection privée, Philippe Costamagna en profite pour rendre visite au Musée des beaux-arts. C'est là qu'il a le choc. Un « Christ en Croix » visible depuis des années par tout le monde et déjà examiné par plusieurs spécialistes, lui semble un chef-d’œuvre d'Agnolo Bronzino (1503-1572). Son enthousiasme se révèle communicatif auprès de la minuscule communauté des spécialistes de la peinture toscane du XVIe siècle, où l'on se montre pourtant peu respectueux de l'opinion des autres. Le panneau deviendra l'une des vedettes de la merveilleuse rétrospective Bronzino du Palazzo Strozzi de Florence en 2010.  
Cette découverte ouvre et jalonne, tel un leitmotiv, le livre que Costamagna a sorti en début d'année, « Histoire d’œils ». Pourquoi d’œils et non d'yeux ? Parce qu'il est question, tout au long de cet ouvrage de 250 pages, de ces experts qui ont un œil comme certains créateurs de parfums sont des nez. Avec une différence, pourtant. Eux n'imaginent rien qui leur soit personnel. Ils découvrent. Ils reconnaissent. Ils identifient. Leur métier évoque à la fois celui du scientifique et du médium. 
Un sixième sens  
L'ouvrage fait l'historique de ce sixième sens, avant de partir dans des considérations diverses et de finir (heureusement!) par des anecdotes personnelles. Des œils, il n'y en a pas beaucoup. Il faut dire que le monde universitaire n'y pousse guère. Il préfère l'exégèse. L'univers des archivistes apparaît aussi d'un autre type. Ici, on privilégie la recherche du document probant. Autant dire qu'un historien d'art du type souris de bibliothèque peut faire toute sa carrière sans opérer la moindre découverte. Il n'a pas d’œil. Il ne possède par ailleurs souvent pas la curiosité de se promener dans les musées, et a fortiori chez des marchands diabolisés (surtout dans l'aire française).  
Né en 1959, Philippe Costamagna a toujours voulu devenir conservateur de musée. Un exploit pour réussir en France, où dominent les grandes écoles du type bourrage de crâne. Ses études, des séjours en Italie, lui ont permis de côtoyer un ou deux œils célèbres. Il y a Mina Gregori, toujours active à passé 90 ans. Il y avait surtout l'extravagant et médiatique Federico Zeri, mort en 1998, dont la trajectoire était restée extra-universitaire. Zeri représentait l'aboutissement de ce qu'on nomme, en anglais dans le texte, le « connossoirship ». Il suffisait de lui montrer une œuvre italienne réalisée entre le XIIIe et le XXe siècle pour qu'il articule le nom de son auteur. Une attribution qu'il allait ensuite vous démontrer, preuves en main. La photothèque joue ici un rôle essentiel. Encore faut-il savoir dans quel tiroir chercher...  
Dangers internes et externes 
Avant Zeri, il y avait eu Bernard Berenson, proche du commerce, mais plutôt intègre. Ce Lituanien venu des Etats-Unis faisait la loi à Florence dès 1900, formant les collections d'outre-Atlantique. Costamagna ne l'a bien sûr pas connu. B.B. est mort en 1959. Puis était venu le très professoral Roberto Longhi. Mina Gregori demeure sa disciple (comme l'était dans un autre genre Pasolini). La spécialité resterait-elle italienne? Non. Costamagna aurait pu évoquer le Berlinois Willem von Bode. Il s'est concentré sur l'Anglais Philip Pouncey, dont l'instinct était légendaire pour le dessin. N'empêche que le «connossoirship» se fait aujourd'hui rare, notamment aux Etats-Unis. Il se voit presque découragé par notre époque sans imagination. Les conservateurs muséaux américains se basent en 2016 sur les certitudes des autres. Surtout ne pas prendre de risques...  
En lisant Philippe Costamagna, le lecteur se découvre que les dangers sont parfois internes. La découverte d'un panneau de Francesco Salviati lui a ainsi été volée. L’œuvre, à vendre, devait s'intégrer dans une exposition à Ottawa. Un de ses détails faisait l'affiche. Le Niçois (j'ai oublié de vous dire que Costamagna était de Nice) découvre avec surprise que le tableau ne figurait pas dans le catalogue. C'était parce que le musée comptait l'acquérir. Une chose bientôt faite. Le conservateur canadien a alors publié l'acquisition, en s'attribuant la découverte de l’œuvre... 
Embrouille à Genève 
Le danger se révèle parfois externe. Il y a les pressions du marché. Un travail parfois désastreux des restaurateurs. La lutte avec des propriétaires. Une sordide affaire se situe ainsi à Genève, ou une avocate avait hérité d'un portrait de Pontormo, son frère gardant pour lui un pseudo Velázquez. Costamagna a négocié l'achat par l'un des plus importants collectionneurs new-yorkais du Pontormo, pour un prix non révélé. Le frère a attaqué la sœur en justice. On en reste pour l'instant là. Le Français ne se sent pas très à l'aise, même si sa fonction de conservateur de musée lui a interdit de toucher une commission.  
Mais quel musée Costamagna conserve-t-il, au fait? Celui d'Ajaccio. Celui-ci a hérité des restes de la collection du cardinal Faesch, oncle de Napoléon. Le prélat avait accumulé 16.000 tableaux, dont 1000 ont fini au Faesch et environ 500 (qui restent en grande partie à étudier) dans les églises corses. L'institution abrite comme il se doit avant tout de la peinture italienne. Elle a été victime en février 2011 d'un vol rocambolesque. Un gardien avait décroché quatre pièces maîtresses (dont un Poussin), afin de renégocier ses conditions de travail. Pas de chance! Elles lui ont ensuite été dérobés dans sa voiture. Les œuvres ont été retrouvées en mai 2013. Les coupable arrêtés et jugés, sans que rien ne soit vraiment éclairci. Nous sommes en Corse. Chacun a ses pudeurs. Costagagna parle de son long travail au Faesch sans même signaler l'incident. Il est permis de le regretter.