Grand Prix littéraire du Mémorial d'Ajaccio
Prix 2013 : "La fin du village" (Gallimard) de Jean-Pierre LE GOFF
Jean-Pierre Le Goff né en 1949 est philosophe de formation, écrivain et sociologue français rattaché au laboratoire Georges Friedmann (IDHE CNRS Paris I). Ses travaux portent sur l'évolution de la société, et notamment sur les paradoxes de Mai 68, sur la formation, sur les illusions du discours managérial en entreprise, sur le stress et la souffrance au travail. Il privilégie l'analyse d'un certain « air du temps » qui ne se réduit pas pour lui à des « modes », mais qui lui semble significatif de mutations plus structurelles des idées, des modes de représentation, et des valeurs.  
Jean-Pierre Le Goff a fait des études de philosophie et de sociologie à Caen et appartient à cette génération qui s’est partiellement engagée en faveur du mouvement contestataire de Mai 68. À Caen, il rencontre Alain Caillé, alors jeune maître assistant, et surtout Marcel Gauchet et Paul Yonnet, avec lesquels il constitue un petit cercle d'étudiants critiques marqué à la fois par l'anarcho-situationnisme et l'enseignement de Claude Lefort. Il participe au mouvement étudiant de Caen qui au lendemain de mai 68, connaît une flambée de grèves et de manifestations, puis rejoint un groupe maoïste avant d'abandonner ses études et de partir dans la région Nord-Pas-de-Calais.  
Il y commence sa carrière comme formateur d’adultes en reconversion, puis, de retour à Paris, comme formateur de jeunes dans la banlieue nord. Intégré au CNAM de Paris (Conservatoire national des arts et métiers) en 1984, il a mené un travail d’enquêtes et d’études sur les évolutions du travail dans le secteur du bâtiment et de l’industrie, sur l'insertion des jeunes dans le bâtiment, les formations aux nouvelles technologies dans l'industrie, les évolutions du métier d’ingénieur et du management.  
Habilité à diriger des recherches en sociologie et qualifié au poste de professeur des universités, il est entré au CNRS en 2002. Thèmes principaux de recherche : modernisation et management ; étude des nouveaux mouvements sociaux ; évolution des idées et des mœurs dans les sociétés démocratiques. Il est notamment l'auteur d'ouvrages sur la modernisation des organisations, le management, mais aussi sur les transformations culturelles et politiques qui traversent nos sociétés, tout particulièrement Mai 68 et ses effets sociétaux.  
Il a également contribué à la revue Le Débat. Il a été membre de la Commission Sciences Humaines du Centre national du livre (CNL) de 2006 à 2008 et a participé au jury du prix Sophie Barluet qui récompense un ouvrage de sciences humaines. Il préside le club Politique Autrement qui explore les conditions d'un renouveau de la démocratie dans les sociétés développées.  
 
Apports  
Jean-Pierre Le Goff a voulu apporter une interprétation critique des paradoxes de Mai 68, des illusions du discours managérial, du stress au travail, de la formation, et, de façon plus générale, des mutations de la société. Son interprétation des phénomènes sociaux entend mettre en lumière les idées, les croyances, les représentations qui imprègnent plus ou moins consciemment la société et les acteurs sociaux et politiques. Dans ses écrits, les évolutions culturelles ne sont pas considérées comme une « superstructure » des réalités économiques et sociales, mais prises en compte comme ayant une consistance et une signification propres. Il veut se démarquer tout autant d'une sociologie réduite à l'expertise et à l'audit qui réduit les contenus de signification à des paramètres à prendre en considération afin de corriger les dysfonctionnements, que d'un type de « sociologie critique » qui réduit les évolutions à des phénomènes de domination, d'inégalité ou de discrimination. En dehors de ces deux grands courants, il privilégie l'étude de l'arrière-fond culturel des sociétés, qui déterminent un certain « air du temps »7. Ce dernier ne se réduit pas pour lui à des « modes », mais serait significatif de mutations plus structurelles. Sa démarche se veut une conception de la sociologie ouverte à l'anthropologie et à l'interrogation philosophique dans l'interprétation des phénomènes sociaux.  
 
Son dernier livre " La fin du village. Une histoire française " (éditions Gallimard 2012) se présente comme un roman sociologique et historique qui s’attache à décrire la mentalité et le style de vie des habitants d’une collectivité villageoise (Cadenet dans le département de Vaucluse) en soulignant les mutations et les bouleversements que cette collectivité a subis depuis la dernière guerre jusqu’aux années 2000.  
 
Ouvrages  
• Le Mythe de l’entreprise : critique de l’idéologie managériale, Paris, La Découverte, 1992 réédité en 1995  
• Les Illusions du management. Pour le retour du bon sens, Paris, La Découverte, 1996 réédité en 2000, ISBN 2-7071-3319-1  
• Le Tournant de décembre, avec Alain Caillé, Paris, La Découverte, 1996  
• Mai 68. L’héritage impossible, Paris, La Découverte, 1998 réédité en 2002 et 2006, ISBN 2-7071-3654-9  
• La Barbarie douce, Paris, La Découverte, 1999 réédité en 2003, ISBN 2-7071-3032-X  
• La Démocratie post-totalitaire, Paris, La Découverte, 2002 réédité en 2003, ISBN 2-7071-3618-2  
• La France morcelée, Paris, Gallimard, 2008, ISBN 978-2-07-034975-3  
• La Gauche à l'épreuve 1968-2011, Paris, Perrin, 2011, ISBN 978-2-262-03335-4  
• La Fin du village. Une histoire française, Paris, Gallimard, 2012, ISBN 978-2-07-077442-5, Grand Prix du livre historique de Provence (2012), Prix Montaigne (2013), Prix du Mémorial - Grand Prix Littéraire d'Ajaccio (2013), Prix Biguet de l'Académie française (2013).